Delphine Maury

Après une licence de droit, une année de médecine, une maîtrise d’ethnologie consacrée à ma famille et un DESS d’édition, j’ai choisi de vivre parmi les livres.
Assistante d’édition chez des éditeurs techniques puis encyclopédiques, je suis devenue rédactrice dans la revue J’aime lire chez Bayard où j’ai accompagné l’écriture des romans, développé des rubriques d’actus culturelles et été conceptrice des jeux de Bonnemine. J’ai participé à la création de la revue D Lire pour les 9-13 ans. Puis j’ai fait une école de journaliste, le CFPJ et quitté le journalisme.
J’ai bifurqué en 2005 vers l’audiovisuel et la direction d’écriture de séries animées (« Ariol », « Maya l’abeille », « Angélo la débrouille ») après une formation au CEEA. Entre temps, j’ai écrit « Les Grandes grandes vacances » (une série feuilletonnante sur l’enfance pendant la guerre pour France 3) sans me sentir scénariste pour autant (et avec l’aide d’autres vrais scénaristes). Fin 2012, j’ai créé la société de production Tant Mieux Prod pour donner vie à une collection de court-métrages animant des poèmes de Prévert : « En sortant de l’école ». Depuis, chaque année, Tant Mieux Prod a produit treize films-poèmes dédiés à Desnos, Apollinaire, Éluard, Roy, Tardieu et Verlaine. L’année prochaine, ça sera Andrée Chedid. Tant Mieux s’est étoffée et porte d’autres projets, toujours tournés vers notre part d’enfance : « Mr. Carton », « Tobie Lolness », « Vango », « L’Ours et l’Ermite »… En parallèle, je me suis occupée pendant cinq ans de la résidence d’écriture francophone de Meknès qui réunit un mois par an des porteurs de projets d’animation venus du Nord et du Sud.

Portrait : premier plan, Delphine Maury, arrière-plan, Marine Blin.

L’Ours et l’Ermite

L’ours s’ennuie dans ses buissons de ronces et cherche à se rendre utile. Mais dès qu’il aide un animal de la forêt, il sème la pagaille dans sa vie… « Je fais ce que je peux, mais je n’ai pas de chance ». Le renard pense plutôt que l’ours est affreusement bête et maladroit, c’est aussi simple que cela. Et il le lui dit sans détour.
De son côté, l’ermite a appris bien des choses au cours de sa longue vie et ruminé bien des pensées. Cela fait quinze ans qu’il attend l’élève passionné et intelligent à qui il va pouvoir transmettre tout son savoir… Il propose une formation hautement qualifiée sur un écriteau à l’entrée de son bout de forêt.
Aussi, lorsque l’ours vient se poster devant son annonce – qu’il ne peut pas lire parce qu’il ne sait pas lire – l’ermite lui fait l’article : des cours particuliers de haut niveau, une grotte partagée pour dormir, des repas à préparer ensemble et un diplôme à la fin. L’affaire se conclue dans un enthousiasme qui ravit les deux solitaires.
Très vite, l’ermite comprend que cet élève spécial va lui demander de réviser un peu à la baisse ses ambitions. L’ours ne sait pas faire grand chose mais il est d’une bonne volonté infatigable. Observant passionnément son maître, il reproduit un peu tout de travers, à sa façon et avec une logique déroutante… Il suspend la vaisselle au fil à linge comme le sont les torchons, il pense que la barque va toujours dans la même direction, vers le fond de l’étang, il ne comprend pas bien à quoi servent les règles pour jouer aux cartes… et n’interprète pas toujours très bien les phrases imagées de l’ermite ainsi, « va mettre l’eau sur le feu » ne signifie pas « renverse le seau d’eau sur le feu » mais comment s’en douter ?
Pourtant l’ermite, intelligemment, patiemment, diplomatiquement, méticuleusement va tenter de transmettre ce qu’il connaît à cet ami si avide de savoir. Peu à peu, insensiblement, à force d’indulgences mutuelles – car l’ours trouve aussi que cet ermite n’est pas toujours très sûr de ses méthodes et de son savoir-faire – ces deux êtres que tout oppose vont nouer des liens bien plus précieux que ceux qui unissent un élève à son maître.
Ils vont en toute improvisation, devenir amis.